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Ancienne gare
L’ancienne gare d’Achères, comme de nombreux bâtiments communaux, était promise à la modernisation ou autres aménagements inhérents à l’évolution urbaine des villes de banlieue. La seconde guerre mondiale a tout bouleversé. Roger Moutiers, président de l’association “Pour la Mémoire d’Achères”, jeune témoin à l’époque des faits, relate l’épisode qui a scellé le destin de la “petite gare”.
En 1940, Achères possédait deux gares. La première, située au milieu de la gare de triage sur la ligne Paris Saint-Lazare-Le Havre, était la gare principale appelée alors la “grande gare”. La seconde se trouvait au passage à niveau - aujourd’hui remplacé par un passage souterrain - et surnommée la “petite gare”. Administrativement elle se nommait « station du village d’Achères » et desservait la ligne Paris Saint-Lazare-Dieppe. Elle faisait partie de la "grande ceinture" (ex "Compagnie de l'Ouest-État") et était reliée à la “grande gare” par une petite navette rustique, un moyen pratique et moins pénible pour se rendre à la gare principale. Elle n’avait que deux voies avec des quais et une voie de garage.
Le 20 février 1909, Achille Léonard, le maire de l’époque, annonçait que la Compagnie des Chemins de Fer de l’État allait allonger d’une cinquantaine de mètres les quais de la Halte du village d’Achères, les travaux devant commencer très prochainement. Le maire indiquait qu’il avait été question à plusieurs reprises de construire un abri voyageurs sur le quai montant vers Paris de l’arrêt du village, sur la ligne Achères-Pontoise, mais que cet abri non clos et exposé au vent ne rendrait que fort peu de services en regard de la dépense prévue. Considérant que l’arrêt des trains de voyageurs au passage à niveau de la commune rendrait d’importants services et qu’il pourrait en rendre de plus grands encore si cet arrêt était transformé en halte (comme il en existait un certain nombre sur la ligne Pontoise-Dieppe), le premier magistrat demanda que le bâtiment du garde-barrière soit agrandi ou surélevé d’un étage de manière à ce que l’on puisse y recevoir et expédier les bagages et y établir une salle d’attente.
Pour les gamins que nous étions à cette époque, la forêt n’avait pas beaucoup de secrets, nous la parcourions dans tous les sens pour récupérer des reliquats des bombardements, notamment des ailettes intactes (petit mécanisme au cul des bombes servant de mise à feu en fonction de la hauteur de leur largage), un objet particulièrement recherché, ainsi que les cartouches des fusées éclairantes encore fonctionnelles pour en faire des feux d’artifice.
Un jour, nous avons aperçu sur la voie de garage de la “petite gare” un convoi de wagons-plateaux équipé de grosses pièces d’artillerie en stationnement. C’était impressionnant 4 canons de très gros calibres d’un diamètre de 30 cm et d’une longueur d’environ 10 m chacun ! Les wagons portant ces monstres étaient séparés par des wagons-plateaux armés de canons légers et de grosses mitrailleuses pour la protection aérienne (DCA).
Dans la nuit du 7 au 8 juin 1944, l’alerte fut déclenchée, suivie d’un bombardement intense, sans plus nous émouvoir dans notre inconsciente jeunesse. Et, comme d’habitude, le lendemain nous sommes partis vadrouiller en forêt à la chasse aux trouvailles. La forêt était toute chamboulée, des trous de bombes partout. Nous arrivâmes à proximité de la “petite gare” avec le pressentiment de ce que nous allions y trouver. Mais nous nous attendions à tout sauf à ce que nous avons découvert : la petite gare détruite, des rails tordus dans tous les sens, des cratères à y loger une locomotive et, surprise, plus de convoi militaire. Il avait dû partir en fumée ! Mais non ! Nous avons eu l’explication plus tard : les Allemands, comme nos parents, devaient écouter Radio Londres, les émissions de la France libre où « les Français parlent aux Français. » Ils avaient compris le fameux message « ce soir nous éplucherons des pommes de terre à chair jaune » annonçant le raid aérien et avaient eu le temps de déménager...
Voilà comment et pourquoi notre “petite gare” a été détruite en juin 1944.
